lundi 16 mars 2015

Linda & Edouard, deux paysans engagés (et heureux de l'être !)


Avant de tout vous dire sur mon expérience à la ferme au Brésil, je "ressors" d'un vieux blog l'article que j'avais publié sur Linda et Edouard, paysans en Normandie chez qui j'avais également fait un stage. C'était en août 2013.
C'est un plaisir de relire ces lignes, et de savoir qu'aujourd'hui mes nouveaux amis continuent de développer leur projet en permaculture, et que la ferme s'agrandit : une quatrième et dernière serre, un poulailler, des abeilles... 

Si vous passez près de Rouen, n'hésitez pas à leur rendre visite quand la vente à la ferme sera ouverte, d'ici quelque semaines, le samedi.

Le site Internet de la ferme de la mare des Rufaux

Voilà un couple que les valeurs bio et durables auront fait se rencontrer !
Car Linda & Edouard étaient ni de la même région, ni du même secteur d'activité. C'est une volonté commune de se rapprocher de leur passion respective qui fera qu'ils se rencontreront, tomberont amoureux et uniront leur vie autour de la création de la ferme de la mare des Rufaux. C'est avec une approche permaculturelle qu'ils développent leur activité maraîchère bio, sur un peu moins de 3 hectares, autour de la maison familiale d'Edouard. 
C'est dans le cadre d'un séjour woofing (mon billet à ce sujet est ici) dans leur ferme que je les ai rencontrée. Voici leur histoire...

Un enfant du pays
Edouard, fils de restaurateurs normands, a grandi sur ces terres. Après un BTS agricole, il exercera pendant près de 10 ans le métier d'animateur environnemental et passera quelques années en pépinière. C'est à l'aube de ses 30 ans qu'il décide de concrétiser un projet qui lui trotte dans la tête depuis longtemps  : créer sa propre ferme. Des amis à lui se lancent dans le sud-ouest de la France autour d'un projet de culture de céréales et de production de pain bio. Il pense sérieusement à les rejoindre et s'inscrit à la formation en permaculture du Bec Hellouin. Au même moment, il apprend que le terrain de 2 hectares à côté des terres de ses parents est céder par le département, qui lance un appel à repreneur.

Une fille aux 1001 vies droite dans ses bottes
Linda a seulement 32 ans et a déjà vécu bien des vies ! Jeune adulte mannequin, elle sera ensuite professeur de Salsa, puis vendeuse de voitures à Tahiti où elle vivra 3 ans et d'ou elle partira pour un tour du monde en solo. De retour à Paris, elle devient responsable du développement dans l'immobilier professionnel. Trop éloignée de ses valeurs dans un monde qui veut que tout aille trop vite, elle reprendra ensuite ses études et fera un master en management durable (ISEADD). Elle travaillera pour Colibris pendant la présidentielle 2012 sur la campagne «  tous candidats  », sera présidente d’une AMAP de 100 adhérents à Paris, puis réalisera que son engagement va plus loin... elle veut être paysanne. Son père lui rappellera d'ailleurs que c'était son rêve de petite fille. Elle s'inscrit donc à la même formation de maraîchage bio qu'Edouard...

Des terres & des ailes
Ce terrain est pour Edouard une opportunité à la fois excitante et flippante. Il envoie son dossier, présente son projet et sa vision... et obtient le terrain que tous les agriculteurs de la région lorgnaient. Le voilà avec des terres de 2,8 hectares, un projet et une complice  ; car c'est ensemble qu'ils se lancent. Depuis un an et demi maintenant, ils sont exploitants maraîchers bio, et malgré les difficultés, ils sont heureux et confiants en l'avenir. S'ils ne se rémunèrent pas encore, ils sont en quasi autonomie alimentaire grâce aux récoltes. Si un statut d'agricultrice est impossible à obtenir pour Linda actuellement, ils peuvent compter sur un entourage solidaire et engagé qui participe au développement de la ferme. Et si créer un emploi n'est pas encore dans leurs moyens, un certain nombre de woofeurs sont déjà venus leur donner un coup de main. 

Des projets ils en ont, comme intégrer leurs ânesses dans la récolte des produits en utilisant la tractionPour eux, « la transmission et l’éducation sont très importants. C’est pourquoi nous avons comme projet de créer une association sur la ferme qui aurait pour but de relier les acteurs du territoire et d’animer des rencontres autour de nos thèmes fétiches que sont la sobriété heureuse, l’observation de l’environnement, les consom’acteurs, l’agroécologie, la biodynamie, les circuits courts…  ».

Plus qu'un projet professionnel, c'est un projet de vie qu'ils construisent, autour de la passion des produits maraîchers, du respect de l'environnement, et d'une profonde envie d'échanger et de partager. «  Notre vision est de vivre de manière autonome notre amour de la nature et de participer à offrir une production saine et variée en circuits courts.  ».


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Quelques questions à Linda...


Quels sont vos circuits de vente actuel ? Nous vendons des paniers en Amap principalement, puis un peu de vente à la ferme et l’été sur des marchés.

Quelle est votre plus grande fierté ? D’avoir réalisé ce bout de projet sans aides des institutions, sans crédit à part familiale, nous même, avec nos menottes !

Quelles sont les plus grandes difficultés rencontrées ? L’administratif qui pompe bien trop d’énergie pour ce qu’elle apporte, les institutions qui ne nous reconnaissent pas encore comme une solution viable pour l’agriculture de demain, des fois de se sentir peu de chose par rapport aux bouleversements énormes autour de nous.

Quels sont vos projets en 2014  ? On espère pouvoir se payer, au moins un Smic pour 2. Monter le bâtiment agricole et développer une activité de poule pondeuse.

Quelle est votre vision du woofing  ? Un super concept, autant pour le woofeur que pour l’hôte. J’ai fait les deux et c’est beaucoup de plaisir, d’entraide sans argent, on se sent libre et cela nous permet de nous faire de nouveaux amis sans bouger de chez nous. On a réalisé des prouesses pour une première année grâce à tous ces gens qui sont venus nous porter secours et apprendre avec nous.


Le mandala : lieu de méditation source d'énergie
Quel rôle joue le Mandala dans le jardin  ? Je me suis inspirée de ce que j'avais vu en formation au Bec Hellouin, mais adapté à notre configuration de ferme. Je l’ai toujours vu positionné au centre, comme si c’était le cœur de notre projet. J’y ai planté uniquement des aromatiques sur des buttes en arc de cercle qui entourent de belles pierres trouvées sur le terrain. Un cercle de médiation et de rechargement énergétique en quelque sorte.

Quelle projection faites-vous sur 5 ou 10 prochaines années ? Ouf, notre philosophie est plutôt de vivre le moment présent à fond ! Mais économiquement, nous souhaiterions être complètement autonomes et pouvoir nourrir une centaine de familles. Qu’il y ait de la vie dans cette ferme, et pourquoi pas être rejoint par des gens motivés pour créer une petite communauté nourricière autour du beau, du juste et du bon.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui veut se lancer dans l'agriculture ? C’est pas facile comme question car on a le sentiment que tout nous est arrivé assez facilement, des portes enfoncées on a eu juste à ne pas avoir peur et foncer. Mais clairement il faut créer son projet avec son cœur, avec du plaisir, s’entourer, consulter autour de son site les histoires, les envies des voisins, être humble envers la nature et communiquer sa joie de vivre ! Je pense que, même s'il est dur, le métier d'agriculteur est le plus beau du monde !

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Je n'ai pas pu m'empêcher de tirer un portrait chinois inspiré de la ferme à Linda, qui a plus que joué le jeu ! Alors Linda, si tu étais...
Un fruit ? Une fraise, fragile mais délicieuse (elle rit)
Un légume ? Une courge, ronde et pleine de graines (elle sourit)
Un aromate ? Le shiso, basilic japonais, j’adore la culture japonaise et cette aromatique est sublime !
Une saison ? L’été ! Je me sens bien qu’à 23°
Un climat ? EN-SO-LLEI-LLE
Un outil ? Le sécateur car il ne me quitte plus
Une tâche quotidienne ? La récolte, je ne m’en lasse pas, même si j’ai mal partout ! Quand je vois le fruit ou le légume, je suis comme Eve qui veut goûter la pomme : on ne m’arrête pas !

Elle n'a pas non plus échappé à mon questionnaire à la manière de Proust.
Ta vertue préférée : l’organisation
Le don que tu aurais aimé avoir : être manuelle
Ton occupation préférée : la cuisine
Le rêve que tu aimerais réaliser : monter une ferme similaire à Tahiti et faire des allers-retours entre les deux. Et si possible éviter les longs mois d’hiver (je sais je rêve !)
Ton modèle : je n’en ai plus mais je tends vers des qualités que j’ai pu voir chez certains personnages inspirants comme Ghandi, Pierre Rabhi, Bob Marley, Mandela…
L'entreprise que tu aurais aimé avoir créée : Kokopelli
Ce qui t'inspire : la vie et l’amour, mais sinon de façon terre à terre la musique, la littérature et l’art
Une devise ? "dans la vie il y a 2 chemins, celui de l’amour et celui de peur, j’ai choisi  !"

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Je leur souhaite «  tout le bonheur du monde  » et compte bien remettre la main à la patte pour apprendre encore plein de choses et les observer faire grandir leur projet. Vous aussi ? Suivez leur page Facebook !



© de toutes les photos : la ferme de la mare des Rufaux